Vos colis livrés en bas de chez vous

On peut tout acheter sur Internet : une petite robe sur MonShowRoom, une paire de sandales sur Sarenza, un nouveau canapé sur LaRedoute, des produits frais sur le site de Monoprix ou d’Auchan. Les produits sont ensuite livrés chez vous, préparés et conditionnés. Aussi simple qu’un clic !

Le e-commerce est le secteur du marché de la vente à distance qui connaît la croissance la plus rapide en France et en Europe. Pour 2009, le E-Commerce a maintenu le même rythme de croissance en France qu’en 2008, de +25% en valeur pour 25 milliards d’euros. Le E-commerce représente fin 2009 82% de la vente à distance. Il représentait 50% en 2005 (source : E-marketing).

Ces nouvelles pratiques ont pour corollaire une augmentation de la circulation des marchandises en zone urbaine. Selon le Laboratoire d’Economie des transports, la livraison à domicile (LAD) est appelée à progresser sensiblement et pourrait ainsi représenter entre 15 et 25% du commerce total en 2016, mais également une augmentation proportionnelle du trafic en ville.

En effet, le consommateur exige de plus en plus des délais de livraison courts, synonymes de qualité de  service, et de la souplesse de la part des transporteurs et fournisseurs. La gestion en flux tendus s’impose alors pour les producteurs et les transporteurs car elle permet une grande réactivité face à la demande. Elle engendre cependant une réduction de la taille des lots et par conséquent des flux de livraisons supplémentaires.

Mais la question qui demeure est : ou livrer ces produits ? A domicile ? Pour s’adapter aux habitudes des travailleurs et à leurs horaires de plus en plus contraints, les distributeurs effectuent leurs livraisons tôt le matin ou aux alentours de 19h, renforçant encore la congestion des heures de pointe. La livraison à domicile en espace urbain s’avère très contraignante mais aussi très couteuse pour les distributeurs.

Depuis quelques années, les groupes privés ont développé de nouvelles offres pour s’adapter aux nouvelles habitudes des urbains. Ce n’est pas un scoop, les enseignes comme Carrefour ou Marché U ont ainsi massivement retrouvé le chemin d’un commerce de proximité.

Mais ce n’est pas la seule nouveauté. Pour faire face à ces nouveaux enjeux, de nouveaux systèmes de distribution apparaissent : le drive ou « commerce à la volée ». Le client commande en ligne et récupère ses achats préparés et emballés dans des lieux près de chez lui et ouverts 24h/24 pour plus de souplesse.  Les nouveaux espaces de retrait des colis s’installent dans les gares, les parkings, sur l’espace public, dans les bureaux de tabac ou les marchands journaux. Les colis sont livrés le matin ou dans la nuit dans ces espaces ou ils sont stockés. Ils permettent de relier le transporteur et le client sans que la présence d’une personne sur le lieu de transfert soit nécessaire. De nouvelles expérimentations qui apportent des solutions pour livrer en l’absence du destinataire et qui s’adaptent aux livraisons aux particuliers et aux établissements commerciaux.

Le principal intérêt réside dans la capacité à livrer en dehors des heures de pointe, ce qui permet de multiplier le nombre de points livrés durant un même laps de temps. Ces espaces peuvent se décliner sous la forme de sas, casiers aménagés ou apportés, automates, … et être implantées sur espaces privés ou publics. Elles permettent d’assurer les livraisons / enlèvements dans les consignes en dehors des heures de pointe tout en garantissant la traçabilité des colis. Ces organisations sont particulièrement adaptées pour des relations B to C ou des relations B to B intéressant des professions artisanales ou indépendantes ne disposant pas d’un secrétariat permanent pour accueillir des livraisons.

Les clients peuvent ainsi organiser leur temps de manière optimale et recouvrent une productivité perdue dans les temps perdus dans les éloignements du travail. Les groupes privés épousent ces nouveaux usages urbains et mettent au service des consommateurs de nouveaux lieux adaptés au E-commerce.

Un exemple flagrant est celui des relais colis Kiala, créés en 2001 par Denis Payre, l’un des fondateurs de l’éditeur de logiciels Business Objects et récemment rachetés par UBS. Kiala a fait de la livraison de proximité sa spécialité et dispose d’un réseau de 7500 commerçants affiliés en Europe. Ces boutiques de toutes sortes (fleuristes, maisons de la presse, teintureries…) ont souvent des amplitudes horaires plus larges que les bureaux de poste et séduisent ainsi le citadin stressé qui sort à 19h du bureau.

Depuis 2005, la Poste développe les espaces Cityssimo, implantés à Paris et en banlieue parisienne sur une vingtaine de sites, mais également dans les supermarchés Casino à Lyon et dans la station Châtelet les Halles à Paris et de la Défense. Le réseau peine à se développer car n’arrive pas à convaincre les sites de vente en ligne afin d’inscrire directement Cityssimo parmi les options de livraison offertes aux acheteurs en ligne. Cityssimo cherche à créer des partenariats avec la Mairie de Paris ou Promométro, le gérant des locaux commerciaux de la RATP afin d’améliorer l’insertion spatiale de ses boutiques de colis. Toutefois, jusqu’ici la Mairie de Paris a refusé l’utilisation de l’espace public.

On touche ici un problème auquel ce genre d’espaces de livraisons doit faire face. L’immobilier dans les grandes villes coûtant cher, il est difficile d’acheter ou de louer des locaux en rez-de-chaussée pour les accueillir. La solution est de les installer directement sur la voie publique, comme du mobilier urbain.

A l’image du système de consignes Packstation en Allemagne. Le service, tout d’abord destiné à remplacer des bureaux de poste en milieu rural a acquis une grande popularité lors de tests dans des aires urbaines. On en compte plus de 10 000. Les municipalités ont autorisé les consignés à s’installer sur la voie publique, comme du mobilier urbain. Packstation a pour caractéristique de fonctionner à l’intérieur d’un seul groupe, le service postal allemand et sa filiale DHL. La Deutsche Post apporte de la stabilité et du volume au service qui peut ainsi atteindre une taille critique.

Une autre initiative originale, la Tower 24 de Dortmund. Un prototype allemand de tour sécurisée entièrement automatisée de dix mètres de haut et de 5 mètres de diamètre permettant de stocker 600 conteneurs. Elle permet d’accueillir des colis allant jusqu’à 50 kilos, Le projet a coûté 1,2 millions d’euros et a été construit par SSI Schäfer Noell GmbH, commandité par Fraunhofer Institut Dortmund. Le projet a été lancé par l’institut Fraunhofer, il s’agissait d’une expérimentation qui  n’a pas été reconduite faute d’investissements suffisamment importants.

Mais en France le Plan Vigipirate interdit la présence de consignes sur l’espace public pour des raisons de sécurité. De même on peut se poser la question de l’intégration dans le paysage de ce genre de mobilier urbain, qui viendrait se superposer avec toutes les nouvelles formes de mobilier déjà présentes sur la voie publique : bornes Vélib’ et Autolib’, panneaux publicitaires, bornes de rechargement pour véhicules électriques, etc… Et puis bon les consignes Packstation en Allemagne sont certes très pratiques, mais aussi très moches.

La solution serait de prendre exemple sur un pays comme le Japon par exemple, qui a développé une véritable offre d’immobilier logistique en rez-de-chaussée dans les parkings par exemple, comme à Yokohama. Pour en savoir plus.

Alors qu’en pensez-vous ? Comme le dit Bruno Marzloff dans le numéro mai-juin 2012 de la revue Urbanisme : l’agilité des villes  se met à la mesure de celle des chalands. Mais la ville, devient elle agile pour autant ?

3 réponses à “Vos colis livrés en bas de chez vous

  1. Ces différentes initiatives sont certes basées sur des concepts intéressants, mais elles n’intègrent pas l’enjeu majeur de la logistique urbaine, à savoir la mutualisation des flux et des marchandises.

    Chaque opérateur (DHL et Kiala entre autres) souhaite mettre en place sont outil, mais il sera réservé à sa propre clientèle (son propre fret), ce qui en réduit fondamentalement l’impact.

    Il ne semble pas aujourd’hui y avoir un acteur indépendant (public ou privé) capable de véritablement prendre en charge les flux d’une ville, et de « professionnaliser » cette logistique urbaine qui va devenir indispensable dans les années à venir, face aux évolutions que vous avez citées, sous peine d’implosion.

    • Kiala a tout de même réussi la mutualisation des flux de marchandise de plus de 150 distributeurs (Monoprix, Celio, Etam, Bata, 1,2,3…) ! Et puis, le marché n’est pas si éclaté que ça puisque quelques opérateurs le contrôlent (La Poste, UBS).

      Pour réagir a votre commentaire, est ce qu’un acteur (public ou privé) peut aujourd’hui contrôler complètement les flux de marchandises d’une ville, c’est à dire avoir un monopole total sur ce marché ?
      Si c’est un acteur public, cela suppose que la ville fasse de la logistique urbaine un véritable service public et en délègue l’exploitation à une société privée qui aura en retour toutes sortes d’avantages pour exécuter correctement sa mission. Il y a eu des tentatives dans plusieurs villes d’Euope (Monaco, La Rochelle).

      Mais est ce vraiment pertinent de créer un service public de livraison de marchandises ? Comment imposer un tel monopole sans fausser la concurrence ?

      La même question se pose si un acteur privé devait contrôler tous les flux de marchandises. Serait ce vraiment compatible avec la concurrence imposée par l’union ?

      Mais je suis tout à fait d’accord avec vous, il faut lutter contre le développement de micro-initiatives locales peut efficientes, et qui sont de toute façon vouées à disparaitre, et militer pour mutualiser les flux le plus possible à l’amont et à l’aval.

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