Vos déchets pourraient chauffer votre appartement !

Nous produisons chacun 390 kilos d’ordures ménagères et assimilés chaque année soit plus d’un kilo par personne et par jour. C’est deux fois plus qu’il y a 40 ans. Et la situation ne va pas en s’améliorant puisque la quantité de déchets ménagers produits par les Français augmente d’environ 1% chaque année. La faute à quoi… ou plutôt à qui ? La salade ou le plat de pâtes pré-emballé à réchauffer au micro-ondes que nous avalons chaque midi, la dosette Nespresso utilisée pour notre café du matin, l’Iphone dont la batterie à définitivement rendu l’âme et qu’il est impossible de réparer, l’ordinateur ou l’écran plat dernière génération que nous préférons à notre « vieille » télé qui n’avait pourtant que trois ans….  Des produits parfois non recyclables qui viennent encombrer les poubelles et qui posent de sérieux problèmes aux collectivités chargées de la collecte et du traitement des déchets.

Ce service public local historique est devenue un véritable casse tête pour les collectivités : coût élevé de la collecte (150 euros la tonne), incinération comme seule alternative, prolifération de déchets non valorisables et surtout manque d’installations alternatives pour le traitement des déchets. Selon l’ADEME, l’heure et grave, certains départements manquent cruellement d’installations adaptées, et, par défaut, ont majoritairement recours à l’enfouissement ou à l’incinération. Pour respecter les engagements du Grenelle 1 et 2, les collectivités devaient pourtant prévoir des mesures pour diminuer de 15% d’ici 2012 les quantités de déchets incinérés ou enfouis.

Alors quelles solutions peuvent être envisagées ? La valorisation ! La condition préalable à cette valorisation est toutefois la récupération en amont de ces déchets qui suppose une collecte séparée ou un tri sélectif. Il existe ensuite plusieurs manières de valoriser ces déchets récupérés.  Le recyclage, la régénération mais aussi la valorisation énergétique, qui consiste à utiliser les calories contenues dans les déchets pour, par exemple, chauffer des immeubles ou produire de l’électricité. Nos déchets pourraient chauffer des ménages, des équipements publics, et les alimenter en gaz mais aussi en électricité ?

Deux procédés existent : l’incinération (waste to energy) ou la méthanisation.

L’incinération n’est pas à mettre totalement de côté, puisque comme on peut le voir à Amsterdam aux Pays Bas elle peut être non polluante. Le site Afval Energie Bedrijf génère annuellement plus d’un million de MWh en brûlant les déchets de la ville. L’usine produit aussi directement de la chaleur (300 000 giga-joules) qui est distribuée aux services publics alentours. L’air nocif dégagé par l’incinération est quand à lui filtré jusqu’à être complètement pur.

La méthanisation est un procédé encore plus intéressant puisqu’il permet, à partir de toute matière organique, de produire du gaz méthane par fermentation anaérobie. Cela concerne les déchets agro-industriels (abattoirs, caves vinicoles, laiteries, fromageries), agricoles (déjections animales, résidus de récolte, eaux de salle de traite) et municipaux (tontes de gazon, fraction fermentescible des ordures ménagères, boues et graisses de station d’épuration, matières de vidange). Au fur et à mesure de sa fabrication, le gaz alimente en continu trois moteurs de “co-génération“, qui fabriquent de l’électricité et de la chaleur.

Deux possibilités ensuite : consommer localement cette électricité pour le bâtiment lui même ou les équipements alentours, ou la vendre à EDF (une possibilité n’excluant pas l’autre). La chaleur des gaz chauds issu de la production d’électricité pourra également être récupérée. Un procédé très intéressant mais qui pose un seul bémol : la chaleur devra alimenter un équipement à proximité. Le biogaz peut également être réinjecté dans le réseau de gaz naturel. Certains pays européens, Suède, Allemagne, Suisse, Pays Bas, le pratiquent largement. Enfin, à la fin du process de digestion des déchets qui dure environ deux mois, il reste un compost de qualité, valorisé comme engrais dans l’agriculture ou pour des aménagements paysagers.

Un procédé intéressant pour la valorisation des déchets non ? Les collectivités pourraient plus largement valoriser les déchets verts (tontes de gazon), la fraction fermentescible des ordures ménagères, et les boues et graisses de station d’épuration. Et les perspectives sont grandes puisque le gisement français (plus de 10 millions de tonnes de déchets fermentescibles) n’est pour le moment exploité qu’à  hauteur de 2%. Cela implique toutefois de construire de nouveaux sites de traitement et de valorisation… et de mettre en œuvre une politique d’incitation musclée au tri sélectif.

Des collectivités et syndicats mixtes chargés de la collecte et du traitement des déchets se disent très intéressés par ce procédé et des projets germent un peu partout en France. Le Syctom (Ile de France) a ainsi trois projets en cours : Romainville, Blanc-Mesnil, et Ivry Paris XIII. Le SMET 71 a également lancé un projet intéressant de création d’une usine de traitement des déchets qui traitera 73 000 tonnes par an et produira 7 800 tonnes de biogaz / an qui seront valorisés par réinjection dans le réseau ainsi que 22 000 tonnes de compost qui seront revendus aux agriculteurs. Le problème reste toutefois de disposer de suffisamment de déchets fermentescibles afin de faire tourner la centrale correctement. Les collectivités doivent parvenir à nouer de nouveaux partenariats avec les agriculteurs ou les usines agroalimentaires et mobiliser de nouveaux intrants.

Les coûts d’investissement restent également importants, environ 64,5 millions d’euros pour 15 000 tonnes de déchets (projet Blanc Mesnil) et 40 millions d’euros  pour 73 000 tonnes de déchets (projet du SMET 71). Selon l’ADEME, pour les unités de traitement de déchets ménagers, l’investissement est compris entre 500 et 1 200 €/tonne.

Il faut garder à l’esprit les nombreuses recettes que le projet permettra de générer : la recette EDF, la recette de vente de chaleur, de vente de compost… Le financement peut ainsi se faire non plus sur la qualité de l’emprunteur mais sur la qualité du projet et de ses recettes. Une perspective intéressante dans un contexte de rareté de la liquidité…

Quand au portage juridique de ces projets, les marchés publics globaux récemment introduits, dits CREM (Conception Réalisation Entretien et Maintenance) et REM (Réalisation Entretient Maintenance) semblent tout à fait adaptés puisqu’ils permettent à la collectivité de confier un contrat global de réalisation, d’entretien maintenance et d’exploitation de l’entité de traitement des déchets à une entreprise privée sans être obligée de se soumettre à la règle de l’allotissement. N’oublions pas trop vite le Contrat de Partenariat, qui a été utilisé en la matière notamment à Antibes.

Et n’oubliez pas ce qu’on dit souvent, la meilleure valorisation c’est la réduction de la production à la source. Alors diminuez la quantité de produits emballés que vous achetez, ramenez vos bouteilles à la consigne lorsque c’est possible, achetez des produits locaux et non transformés ! Et bien sûr continuez à trier vos déchets, notamment en fabriquant votre propre compost, ce qui facilitera le travail de valorisation de la collectivité.

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