Les Vélov’ roulent à la pub !

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé… Crédits photo : Jean Yes Arrivetz

Outre les 1,5 € par jour ou les 25 € par an que vous payez pour accéder au service, saviez vous que ce qui permet réellement à JC Decaux, la société exploitante, de se rémunérer, ce sont les recettes publicitaires issues des abribus et des panneaux présents un peu partout dans la ville ?

Je m’explique, lorsque le Grand Lyon passe un appel d’offres en 2004 pour renouveler son marché public de mobilier urbain, elle décide d’y insérer une offre de vélos en libre-service. L’objectif est de combiner mobilier urbain et vélos dans un même contrat optimiser les conditions financières de rémunération. Le principe est simple : la collectivité met à disposition d’une société des morceaux d’espaces publics pour qu’elle puisse y installer abribus et panneaux publicitaires, en échange du paiement d’une redevance d’occupation du domaine public et de l’affichage gratuit des informations publiques. Par ailleurs la société devra proposer un service de vélos en libre service qu’elle exploitera, sans que cela coûte un centime à la collectivité.

C’est la société JC Decaux qui a été retenue en Novembre 2004. Elle proposait en effet de verser à la ville 18 millions d’euros de redevance d’occupation du domaine public sur 13 ans (durée du contrat) ainsi que les recettes tirées de la vente des tickets courte durée (900 000 euros). Pas étonnant que cela ait fait briller les yeux de la collectivité ! La société touche quand à elle les recettes issues des abonnements (700 000 euros par an) et surtout les recettes publicitaires.

Ce sont bien ces recettes publicitaires qui permettent de payer les coûts d’exploitation du service. Quand on sait qu’un Vélov coûte 2 500 euros par an à entretenir et qu’il y a 4 000 vélos dans le service, le calcul est vite fait : les coûts d’exploitation s’élèvent à 10 millions d’euros par an. Des coûts que les recettes d’exploitation (1 600 000 euros) peuvent difficilement couvrir. Les Vélov roulent bien à la pub ! L’innovation du Grand Lyon permet de financer ce service de transport public à l’origine déficitaire grâce à la publicité. Ingénieux n’est ce pas ?

Ingénieux mais aussi coûteux ! En faisant supporter les coûts d’exploitation du service de vélos par JC Decaux qui bénéficie en échange d’avantages sur l’affichage publicitaire, on passe sous silence le coût de ce service pour la collectivité. Il est en effet impossible pour le Grand Lyon de savoir exactement combien JC Decaux gagne chaque année grâce à la pub. Difficile donc d’ajuster au mieux la redevance d’occupation du domaine public et le montant des recettes versées. En clair de demander à JC Decaux de verser plus au Grand Lyon !

Selon Emmanuel Ravalet, chercheur au Laboratoire de sociologie urbaine de Lausanne, le service aurait en réalité un coût exorbitant car la collectivité perd beaucoup à cause du manque à gagner sur les recettes publicitaires. Lyon Capitale (n° 703), chiffre ce manque à gagner à hauteur de 50 millions d’euros sur treize ans, soit plus de 900 € par an et par Vélov’. On est toutefois loin du futur réseau de vélos en libre-service de la ville de New York, qui sera exploité par Citi Bank, et où la ville ne touche pas un sou !

Un autre grand perdant est le SYTRAL, le syndicat compétent en matière de transports urbains à Lyon. En effet, Emmanuel Ravalet affirme que le Vélov ne prend pas des parts modales aux voitures, mais à la marche à pieds et aux transports en commun. En gros, les Vélov piquent des utilisateurs potentiels des transports en commun. Quand on sait qu’il a plus de 20 000 locations de vélo chaque jour, on comprend qu’il y ait des mécontents.

Toutefois tout n’est pas noir, il est évident que les Vélov ont joué un rôle moteur pour booster la pratique du deux roues au cœur de l’agglomération. Le vélo est plus « in », plus tendance et largement adopté par les jeunes cadres dans leurs trajets domicile-travail. Seules grandes absentes, les femmes, utilisatrices du système à seulement 25%. Le visage de la ville a également changé grâce à une politique d’aménagement ambitieuse : pistes cyclables, marquage au sol, feux tricolores spécifiques… Il reste encore beaucoup à faire pour mieux relier les différentes pistes entre elles et ainsi diminuer la dangerosité de certains carrefours ou croisements. Mais nous en reparlerons…

En chiffres : 4000 vélos, 343 stations, 50 000 abonnés, 15 000 à 20 000 locations par jour.

Alors qu’attendez vous ? Pédalez !

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